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Les responsabilités

Les responsabilités
La chronologie des évènements laisse voir combien la question des responsabilités reste entière. Ces dernières se trouvent de fait dispersées au fil des décisions. Rien dans cette succession n'était inéluctable. Déterminer des responsabilités, c'est nécessairement accorder un poids, une valeur, à chaque épisode, chaque décision :

* le degré d'implication des services de l'état serbe, probablement à l'insu de ses dirigeants, dans la préparation et la réalisation de l'attentat ;
* la négligence envers l'avertissement prononcé par l'ambassadeur serbe quant à une menace d'attentat ;
* l'erreur de jugement du Kaiser lorsqu'il donne son appui conditionnel à l'Autriche-Hongrie, persuadé que la Russie n'interviendra pas ;
* la dureté voulue de l'ultimatum austro-hongrois ;
* le degré de pression que l'Allemagne a réellement mis sur l'Autriche-Hongrie pour négocier la condition rejetée par la Serbie sans faire perdre la face aux parties adverses ;
* le degré de man½uvre, face aux pan slaves, du premier ministre serbe, si favorable à une bonne entente avec son voisin ;
* le fait que le tsar de n'avoir pas pu ou su s'opposer aux bellicistes de son gouvernement, ainsi que d'avoir accepté l'idée d'une mobilisation secrète, qui fut presque aussitôt connue des Allemands ;
* le soutien inconditionnel accordé discrètement à la Russie par le gouvernement français, qui, ayant déjà refusé de soutenir la Russie lors des précédentes guerres balkaniques, craint que la Triple-Entente ne devienne une alliance creuse ;
* son acceptation du non-respect du traité militaire qui lie les deux pays.

Ce qui favorise sans doute l'inéluctable des évènements est l'atmosphère belliqueuse ouvertement affichée par les opinions publiques. Le nationalisme exacerbé qui règne dans tous les pays européens a ainsi joué un grand rôle. En France, les sentiments revanchards à propos de l'Alsace-Lorraine excitent la haine à l'égard de l'« Allemand » (les dessins de Hansi en sont une illustration). De l'autre côté du Rhin, envisageant devoir se battre sur deux fronts, le plan Schlieffen préconise que l'Allemagne frappe la première, ce qui la contraint à l'extrême vigilance envers la mobilisation des armées.

Ainsi, tous les pays étaient prêts à la guerre. On peut penser qu'une étincelle suffirait à mettre le feu à l'Europe. C'est la thèse que quelques historiens mettent en avant pour expliquer l'acceptation massive par les sociétés européennes du conflit, voire une résolution à combattre. C'est ce que l'on appelle le consentement patriotique.

En Allemagne, le consensus de longue date selon lequel ce pays était exempt de toute responsabilité dans le déclenchement de la guerre a été battu en brèche par les travaux d'un historien, Fritz Fischer, publiés à partie de 1961 dans Les Buts de guerre de l'Allemagne impériale. Cette thèse iconoclaste, à l'origine d'une vaste polémique outre-Rhin, veut que la visée impériale (l'hégémonie européenne), associée à une stratégie incluant le conflit armé, aurait favorisé la déclaration de guerre de l'Autriche-Hongrie à la Serbie, à la satisfaction des élites politiques et militaires, ainsi que des mouvements pangermanistes. C'est là le point de départ de la "Kriegschulfrage", question de la culpabilité de guerre, qui va longtemps empoisonner l'atmosphère.

À vrai dire la thèse peut-être la plus exacte concernant la question de la responsabilité est celle du "Mécanisme" de l'historien français Jean-Baptiste Duroselle. Soit donc, par crainte qu'advienne une situation internationale défavorable à leurs intérêts nationaux, les États européens ont pris des décisions "pour le cas où", "plutôt que". Duroselle résume, à partir de cette thèse, la situation en 5 points:

* L'Allemagne entre en guerre pour ne pas risquer de perdre son allié Austro-Hongrois
* La France préfère entrer en guerre, plutôt que de menacer la solidité de son alliance avec la Russie
* La Russie déclare la guerre afin d'éviter que de nouvelles populations slaves passent sous contrôle de l'empire austro-hongrois.
* L'Angleterre, fidèle en cela à la politique qu'elle mène depuis 1793, préfère déclarer la guerre plutôt que de risquer de voir une grande puissance s'installer à Anvers.
* L'Autriche-Hongrie, préfère en finir avec la Serbie plutôt que d'être dissoute par les mouvements nationaux.

# Posté le samedi 15 mars 2008 08:11

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