Le premier conflit mondial est caractérisé par une ligne de front continue, fortifiée, qui ne sera jamais rompue par aucune des armées en présence avant 1918. Le front est constitué de plusieurs lignes de défenses creusées dans la terre, les tranchées, reliées entre elles par des boyaux d'accès. Les soldats vivent et meurent là, dans la boue, le corps envahi de vermine, en compagnie des rats et de l'odeur pestilentielle des cadavres en décomposition. Un no man's land rendu infranchissable par des réseaux denses de barbelés, battu par le feu des mitrailleuses, sépare les deux premières lignes. Le danger est permanent, même en période de calme quand l'activité du front est faible, la mort survient n'importe quand au cours d'une patrouille, d'une corvée, d'une relève, ou d'un bombardement d'artillerie qui s'abat sur la position sans raison particulière. L'observation aérienne par les avions et les ballons permet aux armées de connaître avec précision la configuration du terrain ennemi, si bien que les tirs d'artillerie ne tombent jamais au hasard, les obus pleuvent toujours, de jour comme de nuit, en faisant le maximum de dégâts.
Les soldats ne se trouvent en sécurité qu'à une dizaine de kilomètres derrière les lignes quand ils sont hors de portée de l'artillerie lourde.
Les armées ne sont pas préparées à une guerre de tranchée. Plusieurs mois durant, les soldats français portent un pantalon rouge plutôt voyant. Ils finissent par porter un uniforme bleu horizon plus discret. L'uniforme ne prévoit pas non plus de protéger la tête des soldats. Ce n'est qu'en 1915 que le casque remplace le képi. La mortalité diminue de 50 % pour les plaies crâniennes. Les conditions de vie sont épouvantables. D'emblée les Allemands ont bétonné alors que du côté français, on a affaire à des tranchées de terre qui résistent tant bien que mal aux obus. Les soldats souffrent énormément du froid, de l'humidité, des rats et autres parasites. Le ravitaillement laisse parfois à désirer dans les tranchées les plus exposées au front.
On a souvent reproché aux chefs militaires du premier conflit mondial d'avoir conduit leurs troupes dans cette guerre de tranchée de façon aussi coûteuse en vies humaines qu'inutile. Pourtant, cette guerre de position n'est pas un choix stratégique. Elle est due au fait que, en ce début de l'ère industrielle, alors que les nations occidentales sont déjà capables de produire des armements en masse, les «progrès» techniques, qui ne cesseront de se succéder durant 4 ans, ont surtout concerné le matériel et la puissance de destruction plutôt que les moyens de s'en protéger.
Les débauches d'artillerie empêchent toute percée d'aboutir. Les soldats combattent souvent pour quelques mètres et n'arrivent pas à percer les tranchées ennemies protégées par un tir nourri d'artillerie et des lignes de barbelés. De 1914 à 1918, près de 70 % des pertes en vies humaines ont été provoquées par l'artillerie, contre moins de 20 % dans les conflits précédents. Ainsi, pour emporter les tranchées et mettre fin à cette forme de guerre, il faut attendre une arme entièrement nouvelle et qui apparaît plus tard : le char d'assaut.