Albert Ier - Né le 08 avril 1875, mort le 17 février 1934, à l'âge de 58 ans et 8 mois (un grand roi!)
En Belgique, Albert Ier fit l'objet d'une sorte de culte de la personnalité à partir de la Première Guerre mondiale : des porcelaines, des cartes postales, des boîtes de biscuit portant l'effigie du roi furent produites, et de nombreuses statues furent élevées, de préférence représentant un roi casqué et à cheval. Le roi se livre de son plein gré à l'édification de sa légende en posant pour les artistes.
Lion guerrier, coriace ennemi de l'Allemagne, héros de la résistance à l'occupant, comportement chevaleresque qui confine à la sainteté; on lui colle de nombreux qualificatifs : « Albert l'inoubliable », « Albert le Modeste », « Albert le charitable », « Albert le Sage », « Albert le Bon », « Albert le Grand », « Albert le Bien-aimé », « le roi Sublime », « le roi Martyr »... On peut dire que les apologistes du « Roi-chevalier » n'ont pas tari d'éloges à son égard.
Pourtant le roi n'aime pas cet épithète de « Roi-chevalier », il sait qu'il est un cavalier médiocre et que ce surnom est le fruit de la propagande britannique, car cette glorification du roi fut initiée par le Royaume-Uni qui entendait mobiliser sa population pour un motif noble et désintéressé tel que la défense d'un petit pays inoffensif injustement attaqué. Cela permettait surtout d'occulter les vrais enjeux pragmatiques de leur entrée en guerre : arrêter l'Allemagne qui menaçait l'Empire britannique par sa suprématie en Europe et par le développement de sa « Kaiserliche Marine ». C'est ainsi que le Daily Telegraph demanda à un romancier de réunir, avant la fin de l'année 1914, des textes à la gloire de la Belgique et de son roi dans un véritable instrument de propagande nommé King's Albert Book dont voici un extrait : « Il est un héros sans le désirer, sans chercher à le devenir ; il est le héros le plus grand et le plus sympathique de tout le vingtième siècle. Il est le roi-chevalier... ».
Ce culte prendra encore plus d'importance en Belgique à la fin de la guerre et encore plus lors de sa mort que d'aucuns, à l'époque, qualifièrent erronément de « mystérieuse ». N'ayant que peu d'estime pour la démocratie, il profita de son aura pour outrepasser le cadre constitutionnel dans lequel il était censé évoluer, pour imposer sa conception personnelle de la Constitution belge et élargir le pouvoir royal.
Malgré la légende, Albert Ier n'était pas d'un loyal soutien aux Alliés : il considérait que, malgré l'invasion allemande, la Belgique devait rester neutre. Germanophile, il hésita, jusqu'en 1918, à rejoindre le camp du Kaiser et ce n'est qu'après l'offensive décisive alliée de septembre 1918 qu'il se décida à faire partie du camp allié. Ce n'est qu'à ce moment qu'il accepta le commandement unique interallié alors que jusque là, il ne croyait pas en une victoire alliée, il devint ainsi auréolé d'une victoire en laquelle il n'avait jamais cru. En outre, il fit, jusqu'en 1918, pression sur l'Angleterre pour pactiser bilatéralement avec l'Allemagne ; alors que la déclaration de Londres de 1914 liait les alliés entre eux en les empêchant de conclure une paix séparée avec l'Allemagne. Après la guerre, il fit tout pour épargner à l'Allemagne des conditions de reddition trop sévères.