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La guerre du droit

La guerre du droit
Lorsque la mobilisation est décrétée le 1er août 1914, elle trouve une opinion marquée par la stupeur et la consternation, notamment dans le monde rural en pleine moisson. L'idée d'une revanche contre l'Allemagne pour reprendre les provinces perdues s'est éloignée peu à peu des jeunes générations. Mais les mobilisés font preuve d'une véritable résolution devant cette guerre à entreprendre , la France fait figure d'agressée par l'Allemagne. Le patriotisme des combattants est donc un patriotisme défensif. De plus beaucoup pensent qu'elle sera courte. Même si les moments d'enthousiasme sont une réalité, notamment à l'occasion du rassemblement des mobilisés dans les gares , on est loin de l'image d'Epinal d'un pays partant « la fleur au fusil » pour reconquérir au nom de la « revanche » les provinces d'Alsace –Lorraine perdues lors de la guerre de 1870-1871. Les Français ne sont pas moins décidés à se battre comme en témoigne le nombre dérisoire de déserteurs, 1,5 % des mobilisés, et convaincus dans leur immense majorité de la légitimité de leur cause. En Allemagne et au Royaume-Uni se manifeste aussi un patriotisme sans faille. Par contre, en Autriche-Hongrie, les Slaves ne veulent pas se battre pour un empereur qui les opprime. De même, en Russie, une opposition à la guerre se développe dans les milieux libéraux et révolutionnaires. Les socialistes russes sont divisés entre le ralliement à l'Union Sacrée, l'internationalisme, et le défaitisme.

Le président français Raymond Poincaré appelle à l'Union Sacrée. La Chambre et le Sénat votent les crédits de guerre à l'unanimité. Il en va de même au Reichstag où les députés sociaux-démocrates votent aussi à l'unanimité les crédits de guerre malgré leurs engagements contre la course aux armements. Au même moment, l'Union Sacrée se forme en Russie : la Douma vote des crédits de guerre.

Comme les armées commencent à s'affronter, les belligérants se lancent dans une lutte médiatique au moyen de publications sélectivement documentées, exhibant essentiellement des échanges diplomatiques. Le Livre Blanc des Allemands, bouclé en « l'espace d'une nuit », en contient ainsi trente-six. Le Livre Jaune français, achevé après trois mois de travail, en regroupe 164. Ils mesurent l'effort consenti par les gouvernements respectifs pour convaincre les opinions publiques et les peuples du bien-fondé de leurs actions. Ouvrages de propagande, ils présentent tous des « aménagements » qui trahissent les objectifs recherchés. Dans le Livre Blanc, des coupures éliminent ainsi tout ce qui pourrait bénéficier à la position russe. Le Livre Jaune représente une vaste « collection de falsifications » visant à dissimuler l'appui inconditionnel accordé à la Russie, lui garantissant un second front, et à prouver que cette dernière fut contrainte à la mobilisation générale par celle de l'Autriche-Hongrie. Il fournit la base sur laquelle le gouvernement français s'est appuyé pour formuler l'article 231 du traité de Versailles qui affirme l'exclusive responsabilité de l'Allemagne et de ses alliés. Ce « bon droit » posé par les vainqueurs ne fut pas accepté par les Allemands qui protestèrent ainsi : « La question des responsabilités ne saurait être tranchée unilatéralement par une des deux parties en cause, mais uniquement par une commission reconnue comme impartiale des deux côtés ». Il leur fut répondu que le document devait être signé tel quel, sinon les combats seraient repris. Cette clause, pas plus négociable que les autres mais justifiant les subséquentes réparations, fut ressentie comme une profonde humiliation.
# Posté le samedi 15 mars 2008 08:10

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